La sortie de Courbevoie

Les troupes de Versailles sont passées à l’offensive, Thiers bombarde Paris ! Les officiers de la Garde Nationale, qui ont tenté une sortie ce matin, ont été forcés de se replier sur Neuilly. L’armée de la réaction fusille sans procès les fédérés qui sont capturés ! Pendant ce temps Paris se couvre de barricades. Des centaines de femmes ont défilé aujourd’hui entre la place de la Concorde et le pont de Grenelle, réclamant une marche sur Versailles.

Hier, pour la première fois depuis le siège prussien, Paris était bombardé par l’artillerie de Versailles. Les premières victimes du bombardement ont été les jeunes élèves d’un pensionnat de Neuilly, à proximité des avant-postes fédérés. Depuis quelques jours déjà, les troupes du général Galliffet échangeaient des coups de feu avec les gardes nationaux qui tenaient la position, menaçante pour Versailles. Mettant en pratique sa déclaration du 1er avril, Thiers ordonnait le lendemain une offensive sur Courbevoie, occupée par la Garde Nationale.

Dans l’après-midi, on apprenait que l’armée avait repris Courbevoie aux fédérés. Les gardes nationaux, qui ne sont que 600, craignent d’être coupés de Paris et se replient sous le feu de l’artillerie Versaillaise. Ils laissent douze morts et quelques blessés aux mains des soldats de Gallifet. Les soldats en prennent cinq et le fusillent immédiatement, au pied du Mont-Valérien.

À la nouvelle de l’aggression, Paris se couvre de barricades. On traîne les canons sur les remparts, tandis que les blessés qui commençent à revenir du front racontent la violence des exécutions sommaires. La commission exécutive de la Commune, réunie en urgence, décide d’une sortie pour le lendemain malgré la résistance de Gustave Lefrançais. Ce sont les militaires qui siégent à la commission, partisans d’une réponse rapide, qui ont obtenu de mener l’expédition.

Cette nuit, vers quatre heures ce matin, Emile Duval, Jules Bergeret et Emile Eudes lançaient la contre-offensive. 40 000 hommes répartis en trois colonnes s’élancent sur Rueil, Meudon, et le plateau Châtillon. Mal préparés, les fédérés de Bergeret progressent à découvert avant d’être pris par surprise sous le feu des canons du Mont-Valérien. Le fort, qui devait intervenir en soutien aux fédérés, avait été réoccupé par l’armée régulière qui pillone les colonnes fédérées.

La plupart des bataillons parisiens se replient en désordre et regagnent Paris. Les hommes de Flourens et ce qui reste de la colonne Bergeret parviennent à atteindre Rueil où ils résistent jusqu’à 13h, puis sont obligés de fuir sous les obus des versaillais, qui font de nombreux prisonniers. La colonne Eudes, menée par Ranvier et Avrial, se heurte à une résistance intattendue à Meudon, où elle s’oppose à des troupes solidement retranchées et pourvues de mitrailleuses. Privés du soutien de la colonne Bergeret, les fédérés en difficulté se replient sur le fort d’Issy et y installent leurs canons. Ils empêchent ainsi l’armée de reprendre l’offensive.

Flourens, surpris dans Rueil, ne veut pas suivre ses hommes qui se retirent par le pont d’Asnières. Il longe le fleuve à pied et se réfugie dans une maison près du pont de Chatou, accompagné de son aide de camp, le garibaldien Cipriani. Reconnu, Flourens est conduit devant la maison encerclée par les gendarmes. Le capitaine de gendarmerie Desmarets, sans autre forme de procès, lui tranche la tête avec son sabre. Son cadavre est traîné à Versailles dans un tonneau de fumier.

Le général Flourens executé, à Courbevoie le 3 avril 2011 ( google map )

La Commune perd un élu et un soldat de valeur. Gustave Flourens, républicain de tous les combats, était agé de 33 ans. Il s’était tôt illustré en menant le soulèvement parisien du 31 octobre 1870. À l’origine simple physiologiste, pourchassé par l’Empire pour ses opinions antireligieuses et son soutien aux révolutionnaires crétois, il avait été triomphalement élu dans le 19e arrondissement au Conseil de la Commune. Sa mort tragique ne doit pas rester impunie !

On est toujours sans nouvelles de la division menée par Duval, qui serait en difficulté sur le plateau de Châtillon. Par ailleurs, les délégués à l’ex-préfecture signalent qu’un certain nombre d’allées et venues et de réunions suspectes se seraient tenues dans plusieurs eglises et à l’archevêché. Raoul Rigault, jeune blanquiste élu du 7e arrondissement, a donc ordonné aujourd’hui l’arrestation de Georges Darboy, archevêque de Paris, ainsi que la perquisition des églises Saint-Laurent et Notre-Dame des Victoires.

En séance, les élus de la Commune s’interrogent sur la réponse à donner à la barbarie de Versailles, qui massacre les prisonniers. Les officiers de l’armée faits prisonniers le 18 mars et les hauts dignitaires de l’Église pourraient être utilisés comme otages. À Paris on bât le rappel et les bataillons se rassemblent. Paris doit rester libre ! Aux armes !

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© illustrations: Bibliothèque historique de la ville de Paris, éditions Dittmar, Jacques Tardi et Jean Vautrin, Musée Carnavalet.